samedi 6 février 2016

Réponse Johan

Chère Doll,

je te souhaite un bon anniversaire.
J'aurais aimé être avec toi, dans la pluie, sous cet arbre, pour le célébrer.
Voici quelques nouvelles images de ma cellule, comme tu peux le voir, tes lettres y sont la seule décoration.
J'ai effectivement un ordinateur depuis peu, il est connecté. Mais pour nous deux, je préfère que l'on continue comme avant ; moi en manuscrit sur du papier bleu avion, et toi, des lettres dactylographiées censurées par le cerbère. De toute façon, je n'ai pas d'e-mail ni de facebook.
Je réalise à l'instant que tu m'a déjà écrit 10 lettres depuis ma dernière missive. Je m'étais promis de moins te faire attendre depuis que tu as fait ce calcul : 1 pour 10. Mais le hasard ou la nature me rattrape, je n'échappe pas à ta statistique.
peut-être as-tu raison : je suis un peine-à- écrire ...

Est-ce que Koch est arrivé ? Il loge aussi chez Charles ?
Comment vont tes cheveux ? Au Japon, j'ai rencontré une coiffeuse qui rasait la tête de ses clients puis leur fabriquait des perruques avec un mélange de laine, de faux cheveux, de tuyaux en plastique et morceaux de métal.. Je peux essayer de retrouver son adresse si ça t'intéresse, Meiji-dori, Shibuya-ku, mais j'ai oublié les numéros.

Je n'ai plus reçu de dessins depuis longtemps. Pourquoi ne m'enverrais-tu pas un portait de Charles, jouant aux fléchettes ou bavant dans son fauteuil ? Et un de Koch.
J'ai rempli le mur ouest de ma cellule avec tes lettres et dessins. Le mur est ne contient que des textes.
Je suis sûr que dessiner te fait aussi du bien. Tu peux le faire n'importe où... dans ta tente, sous la pluie, dans la forêt, au bistrot.
Dessine-moi la postière.
Le fait d'avoir internet dans ma cellule est assez perturbant. Je réalise qu'être en prison avait un côté rassurant. Un espace dont je ne peux pas sortir, mais aussi où personne ne peut entrer, ou très peu ; le cerbère, rarement. Toi, souvent, mais par lettre interposée. Aujourd'hui, avec internet, j'ai l'impression que mon espace de liberté est piétiné par des inconnus. Des publicités, des pop-ups, des films avec des acteurs qui crient... Parfois je regrette mes 13 premières semaines de calme total mais, en même temps, je n'arrive pas à me déconnecter.
Je t'embrasse,
Johan






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