mardi 19 janvier 2016

Doll (lettre 25)

Mon très cher Johan, 


Toujours en vacances et toujours un peu malade finalement. Je me demande si ce n'est pas l'existence elle-même qui… mais non je ne suis pas parano, enfin pas trop bien que j'aie souvent l'impression que le destin s'acharne… Ce matin, je me suis forcée à m'extirper du lit pour aller prendre le train. Ma clé ne me quitte plus je te l'ai dit. Oui oui je me répète mais je dois aimer ça te parler quitte à me répéter et à ressasser des choses absolument pas importantes. Cette clé est quand même ce qui m'ouvre à toi et aussi le chemin, la rue, le train, ce village, ses bruits, ses sons et puis ces gens que j'ai rencontrés. La postière. 
Elle est gentille et aujourd'hui complètement rétablie. Disons que je ne l'ai plus vue pleurer. Elle sourit à nouveau. Elle me sourit quand je n'ai pas de lettres, elle est contente quand j'en ai une. Ca fait longtemps que tu ne m'as pas écrit. Tu dois être très occupé, plus que moi en tout cas qui ne fais rien à partir dormir. J'ai recommencé à manger. D'abord de la soupe et puis maintenant je mange comme avant. J'achète des sandwiches comme si je travaillais ou alors les prépare à la maison. Je mange. Aucune nouvelle du propriétaire. De personne. Pas de Pinocchio non plus et Laureen doit bouder car elle ne passe plus jamais. C'est bien. C'est peut-être la condition our que je change de vie complètement. J'évite aussi d'aller au centre aux alentours du magasin. Je ne sais pas si je suis censée sortir avec ce que j'ai. Si c'est dans la tête, ce n'est pas contagieux. 
Seule ma mère s'inquiète de mon état… comme je ne travaille plus et qu'elle me considère en vacances, elle croit pouvoir me demander plein de choses que je refuse de faire. C'est mon refus qui d'ailleurs l'inquiète, pas mon état. Elle dit que je suis paresseuse. Si elle veut… je m'en fous.
(…)

Je suis dans le train. J'ai hâte d'arriver à destination. L'air de la campagne me fait du bien. J'ai des écouteurs dans les oreilles. J'écoute Antony and the Johnson parce que c'est triste et qu'on ne sait pas d'où vient cette voix, de quel organe. Homme / femme ? Je sais que c'est un homme. Je l'aime comme ça. 
Encore un arrêt et ce sera le mien. J'espère que je verrai de l'herbe et puis des vaches. J'espère que la petite maison sera toujours en location. 

Des gros bisous Johan, 

Doll





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