jeudi 28 janvier 2016

Doll (lettre 40 )

Aujourd'hui j'ai vu tomber la lune. Il y a eu un gros point jaune à l'horizon de l'étang en face de chez Charles. L'herbe est rase en ce moment. Les vaches étaient rentrées. Un point jaune comme un bouton d'ascenseur. La terre plate comme une assiette avec par-dessus une cloche à fromage. 
Et moi debout comme un piquet, solide, impénétrable à tout tout au loin. Si la lune m'avait regardée, elle aurait vu une écharde. Un fragment. Moi j'ai vu sa chute. L'instant où elle a touché le sol, l'impact, la glisse, sa disparition au loin et cette nuit très noire si noire qu'elle est charbon. Je suis devenue noire moi aussi. Moka a miaulé. Son regard zèbre. Les arbres ont disparu. Il y a eu un silence encore plus épais que celui de novembre dans la ville. Plus d'oiseaux, plus de hululements. 
Et la chouette ? 
Je n'en sais rien. 
… 

Charles n'a pas disparu. Il veille. Il a fait de la soupe de pommes de terre et de carottes. Elle est toute orange, je pourrais en boire des litres. Ça réchauffe après tout. 
Il s'en passe bien plus ici qu'il s'en passe ailleurs. 
J'ai envie d'un cognac. 
D'un homme. 

C'est difficile de replier une tente. Je m'y suis reprise à trois fois mais j'y suis arrivée. Elle est rangée dans la grange. Je dors à nouveau dans mon lit. J'entoure la chaîne à mon poignet. 

Encore 48 heures. J'ai mes encoches personnelles sur ma peau, des petites griffures et mon compte-à-rebours. 

Combien de jours pour toi ? 

Des baisers de Doll. 



Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.