dimanche 31 janvier 2016

Doll (lettre 41)

Le jour va bientôt se lever cher Johan, je ne sais pas si tu es réveillé ou si tu peux le voir. C'est beau. Tout est d'un rose bleuté avec des esquilles oranges. On dirait certains yeux quand ils sont bleus. Ceux de Charles le sont. Je sors juste de sa chambre, il dort encore. Il dort beaucoup en plus que moi bien qu'il se réveille toutes les heures, qu'il tousse, remue. J'ai tout entendu.
Ce matin, à moi de faire le pain, de ramasser les œufs, de cuisiner. Des crêpes aux pommes, j'ai envie que je ferais ensuite flamber d'une flamme si haute qu'elle touchera l'abat-jour. J'espère quand même que je ne mettrai pas le feu. Je ne parviens pas à dormir à cause de tout un tas de cauchemars dans lesquels des cafards, des blattes me bouffent la peau et même des coccinelles au coin des yeux, suffisamment petites pour se faufiler dans mes narines. Sais-tu que ce n'est pas si gentil ces petites bêtes quoiqu'on les appelle des bêtes à bon dieu ?

Allongée sur le lit de Charles tout à l'heure et pensant à toi, j'ai fait un calcul… Pour 10 lettres envoyées, j'en reçois une de toi. Une pour 10. Est-ce normal ? Équilibré ? Oui, bien sûr je me suis dit, puisque Johan est en prison. Je me suis rendormie, collée à Charles. Ses ronflements me tiennent chaud, je prends sa main et je me retourne à mes cauchemars. Ce n'est pas à cause de  lui, ça non…

Éveil en sursaut. Demain pour le travail.

J'ai bien trouvé des chaussures mais pas dans le magasin où je n'ai pas eu la force de retourner, même pas en ville, dans cette rue pleine de boutiques. J'ai trouvé des pompes d’occase. Elles me prennent bien la cheville, je ne crains aucune foulure. Je les porte tout le temps. Ça fait une démarche lourde ; je me sens plus près de la terre, du sol, plus terrienne. Elles sont comme des racines. J'ai maintenant un gros bonnet pour tenir mes cheveux.

J'entends Charles. La porte de sa chambre. Je vais faire les crêpes et t’en garderai une au cas-où !
On les mangera en pensant à toi.
Où en es-tu de tes travaux, de tes recherches ?

Je file et t'embrasse moultes fois.



Ta petite Doll.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.