dimanche 31 janvier 2016

Doll (lettre 42)

J'en étais certaine… ce matin incapable de me lever. Il aurait fallu une grue pour m'extraire de ce lit tout confortable. Charles m'a non seulement donné une grosse couette en plumes, légère et chaude mais a installé un radiateur dans ma chambre, une espèce de poêle à bois qui semble couver. C'est fantastique. Ça sent le bois, il fait tiède quand je me couche. Le matin est en revanche nettement plus glacial mais l'important n'est pas là du tout. Je ne me suis pas levée pas parce qu'il faisait froid mais parce que je n'en avais pas envie. Vers 11 heures, Charles est venu avec un bol de café, il s'est assis sur mon lit et m'a dit qu'on devait parler. De quoi ? Plus tard, il a dit. De quoi, je n'en sais donc rien, il m'a juste dit qu'il devait sortir, qu'il ne reviendra pas avant demain, que je ne devais pas l'attendre. 
Je ne l'attends pas. J'ai mis l'ordinateur dans la cuisine. Je mange une crêpe arrosée de cognac, je vais en manger jusqu'à ce que la tête me tourne. 
Les trésors sont toujours là : ce crâne, une boussole, une vieille montre, des fleurs séchées, des scarabées, un scorpion, des dessins, des papiers pliés, trois dents, deux ou trois photos, des coupures de journaux, une boucle d'oreille, un morceau de tissu, des cailloux, quelques fioles avec du liquide...  Une couleur ambrée pour l'une d'entre elles, on dirait du miel, je ne sais pas ce que c'est. Ça a aussi la même couleur que le cognac que je verse dans mon verre. Dans le café, c'est bon. Juste une petite goutte, une lichette. Pour le tonus ! Je suis en forme ! 
J'y suis pas allée. 
Y aller aurait eu un goût de cendre ou de défaite. 
Je ne veux rien devoir à personne (enfin surtout pas à lui)
Tu comprends ?
Je ne retournerai pas non plus me coucher. J'en profite. Je suis pieds nus. Le froid remonte par la plante des pieds, j'ai ouvert en grand la fenêtre et je fume le tabac à rouler de Charles. Je vais aller me promener, marcher sans doute jusqu'au village voisin voir à quoi il ressemble. Je suis bien. Parfaitement bien. Marcher de plus en plus loin, me vider la tête jusqu'à ne plus rien avoir à vider. Et rien non plus du passé. Du passé rien et rien, rien du tout. 
Le ciel est tout bleu. Fin janvier. 
Si l'on m'avait dit… 

Des gros bisous, cher Johan, à vite j'espère. 


Doll

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.