mardi 26 janvier 2016

Doll (lettre 36)


Deux jours que je suis chez Charles, mon très cher Johan, presque trois. Je l'aime bien. Il est vraiment gentil avec moi ; je crois que ma présence lui fait plaisir. J'écoute tout ce qu'il dit et à n'importe quelle heure. Hier soir, j'ai dû insister pour aller me coucher. Il était deux heures mais il parlait encore. De quoi exactement ? Je ne ne sais pas. J'aime bien sa voix douce ; il raconte bien les histoires, il a de l'humour, de l'humour dans le ton mais pas parce qu'il se moque. Il a habité longtemps dans une caravane. Cette maison est à sa sœur si j'ai bien compris. Je ne parviens pas à savoir si elle est vivante ou morte. Il raconte tout au présent, même ce qui s'est passé il y a trente ans. C'est ce présent qui me touche. Je t'ai dit qu'il s'ennuyait mais je me suis trompée. En réalité il a cette capacité à la fois de vivre et de revivre. Je trouve cela drôlement beau. Vivre et revivre chasse l'ennui. J'apprends ça. Le monde s'il l'a parcouru se trouve dans ses souvenirs. Ses souvenirs sont vivants ; ils bougent, se déplacent, scintillent. Cet homme est plein de petites lumières. Je t'assure. 
… 
Si je compte bien, j'ai encore 12 jours avant de reprendre le travail. Je n'y arriverai jamais. 
… 

Cette nuit, j'ai rêvé de toi. Tu étais un Charles tout jeune. Nous étions au café tous les deux mais tu t'étais caché sous une table et ne voulais plus en sortir. 

Charles me demande ce que je suis en train d'écrire et à qui. Je ne sais pas encore si je vais lui répondre. Il ne lira pas par-dessus mon épaule, je le sais. Il est vraiment gentil et se mêle de ses affaires beaucoup plus que des miennes. Il dit que je suis son « invitée » : je ne fais rien à part lui sourire. Il dit que c'est un cadeau. C'est difficile à croire. 

… 

A tout à l'heure mon ami. 


Doll

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