jeudi 28 janvier 2016

Doll (lettre 38)

Charles voulait m'appeler Mam'zelle, ça devait lui rappeler je ne sais qui, une danseuse, une actrice, quelqu'un. Sa femme s'il en a eu une. J'ai aimé quelques heures ce Mam’zelle, léger, nuageux. Je voyais à travers lui une petite chose fragile, une p'tite valise, un voyage, un oiseau du genre mainate en moins gros mais capable de reproduire des sons, de chanter, d'être en la présence des hommes et puis je n'ai plus aimé du tout. Mam'zelle. C'est idiot. Horripilée peut-être… je suis la… cette… sa… « petite chose » mais que sont chose et petite les deux, les deux collés ensemble ? Je n'ai pas envie. Je le lui ai dit, un soir, on rentrait d'une promenade, il y avait tous ses trésors posés sur la table avec un crâne ramené de Tahiti. Je lui ai dit. « Pas Mam'zelle », j'ai dit. 
Ça lui échappe. Mam'zelle revient. On est au café. On joue aux fléchettes. Je l'écrase dans la cible, pile tout au fond, pas Charles mais ce mot, ma condition je gagne la partie en riant et en trichant un peu. Il ne voit plus très clair. Pas Mam'zelle, donc. Il a bien vu ma rage. Il a eu peur je crois bien. On est rentrés bras dessus bras dessous. Je suis allée me coucher tout de suite. Il est monté, a frappé à la porte. Je n'ai pas ouvert et ce matin, dans la cuisine d'où je t'écris, il n'y a personne mais du café chaud et très noir comme je l'aime et qu'il prépare pour moi dans lequel se glisse une larme de lait très très blanc tous les matins vers 9h30. Pas de tartine, pas de bacon, pas d'oeufs, je les fais moi-même. 
J. - 5 : et puis… 
Je n'ai pas changé d'idée. Ce n'est plus possible, tu sais… 

La ville ne me manque pas. Koch a téléphoné encore une fois pour savoir si je voulais aller me promener en forêt. C'est un gars des champs à ce qu'il dit, le frère des collines et des plaines, courageux à la marche, équipé. J'ai dit que si je partais ce serait pour une semaine au moins et qu'il pouvait m'emmener où il le souhaitait pourvu que ce soit loin et différent. Charles m'a montré une tente pour camper qui fait à elle seule 5 kilos au moins sans compter le poids des piquets. Il dit aussi qu'on ne peut pas camper en hiver à cause du froid mais que s'il était jeune s'il était avec moi qu'on pourrait avoir chaud… Kock me plaît bien avec ses cheveux bouclés. Oui. Mis s'il les coupait, est-ce que ce serait différent ? En tout cas, il ne m'a pas rappelée encore. 

Aujourd'hui le ciel est très clair. On dirait un glacon en train de fondre. 
J'ai envie d'avoir un chien. 

Ma clé est comme tatouée sur ma poitrine, elle se colle à ma peau. Prends tout le temps qu'il te faudra mais écris-moi. 

Je t'embrasse très très fort, Johan.


Doll

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.