jeudi 28 janvier 2016

Doll (lettre 39)

Très cher Johan, 



J'ai dit à Charles que je partirai camper ces prochains jours même si Koch ne vient pas avec moi (son absence étant possible puisqu'il travaille – je ne sais plus ce qu'il m'a dit). Cette nuit, il a fait un feu dans son jardin et il a déballé la tente. J'ai dû la monter toute seule éclairée par un tout petit feu dont il fallait que je m'occupe en même temps. La terre était très dure. Un mal fou à planter les piquets même avec une masse. Du vent. Difficile de mettre cette tente correctement. Mais je l'ai fait comme j'ai pu. Ça m'a pris 1h45. Charles me regardait avec un léger sourire mais il n'a rien dit. Il est juste allé chercher un fauteuil, s'est assis non loin bien recouvert d'une immense couverture. Voilà, je sais ! 
J'ai dormi à l'intérieur, à même le sol ou presque. Charles pour me féliciter m'avait donné sur le coup de 3 heures du matin un matelas mousse pour que je n'ai pas trop froid. Doll, il dit, « faut pas rester à même la terre, ça va glacer tes os ». Je n'avais pas du tout sommeil, tu t'en doutes. Je me suis quand même endormie, effectivement gelée. J'ai tenu 2 heures et puis suis allée dans mon lit. 
De ma fenêtre, je vois la tente. Le feu est éteint. La bâche normalement bleue est blanche de givre. Maudit hiver ! Je ferai comme s'il n'existe pas, partirai quand même quand je serai prête. 
Je continue encore à peler. Un peu moins maintenant mais encore un peu. En revanche, je perds mes cheveux en quantité importante. Quand je balaie la cuisine, j'en trouve en masse. Charles rit. Il a bien vu tout ce qui se trouve dans la balayette mais dit que pour le moment ça ne se voit pas. Je ne suis pas inquiète. Y'a qu'un truc auquel je tiens : mes dents. Je les lave deux fois par jour, pas plus, j'ai peur qu'elles tombent. C'est idiot mais comme j'y pense, je les regarde, les touche. Ça a l'air de tenir. 
Bref… On verra. 

Encore 3 jours. J'irai au magasin pour m'acheter une paire de chaussures de marche. Et puis de gros collants et un bonnet. Peut-être que j'irais chez le coiffeur. Charles dit que je pourrais économiser cela, qu'il sait couper les cheveux, que je les ai faciles, domptables et qu'une coupe courte m'irait aussi. 

Sous la tente, j'avais l'impression de voir le ciel. De me voir comme si j'étais sortie de mon corps. Trop bizarre. Ça devait être une réaction au froid. 

J'espère que tu vas bien, Johan, et que je recevrai une lettre de toi avant que je parte. Fait-il froid en prison ? Y a-t-il des courants d'air comme sous une tente ? 

Je pense à toi, encore et encore et t'embrasse. 


Doll

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